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Interview avec l’agence AEF

8 novembre 2017

 Ces dernières semaines ont été pour les élus parisiens l’occasion de dresser un bilan de mi-mandat, à cette occasion, j’ai répondu aux questions de l’Agence de Presse AEF.

AEF : En juin 2016, la mairie de Paris a créé sa direction de la prévention, de la sécurité et de la protection en remplacement de l’ancienne direction de la prévention et de la protection (lire sur AEF). Quel était l’objectif de cette réforme ?

Colombe Brossel : Avec cette réforme, notre volonté était d’avoir un cadre de travail coordonné et d’être plus présents dans la lutte sur les incivilités du quotidien, qui sont celles qui pourrissent la vie d’une rue, d’un quartier et de ses habitants. La première transformation que l’on a menée consistait en une grosse réforme d’organisation visant à regrouper dans une même direction l’ensemble des agents ayant la compétence de verbalisation, notamment les ISVP (inspecteurs de sécurité de la ville de Paris). C’était une étape préalable incontournable. La deuxième a consisté en une augmentation importante des effectifs de la direction avec la volonté de pouvoir être plus présents dans la rue et dans l’espace public, de faire de la médiation, de la prévention et de l’information, mais également de verbaliser quand les incivilités sont avérées.

Par ailleurs, nous avons également eu le souci d’être le plus ancré possible dans les problématiques des arrondissements en nous réorganisant et en passant ainsi de six à dix circonscriptions. Cela se traduit donc par une augmentation du nombre d’agents mais aussi par un lien plus fort des équipes avec le territoire et le maire d’arrondissement.

L’arrivée des ASP (agents de surveillance de Paris) constitue le deuxième étage de la « fusée DPSP ». Elle est liée à la loi sur le statut de Paris et au transfert d’un certain nombre de compétences assumées jusque-là par la préfecture de police de Paris et – très ponctuellement — par la préfecture de région (lire sur AEF). Cela implique donc également un transfert des personnels affectés à ces compétences. Nous avons déjà accueilli, au mois de septembre, une trentaine de personnels venus de la Préfecture de police, qui travaillent aujourd’hui pour la ville sur la question des nuisances sonores et olfactives d’origines professionnelles. Au 1er janvier 2018, nous accueillons le gros des troupes.

AEF : À cette date, quelque 1 300 ASP de la Préfecture de police viendront en effet grossir les rangs de la DPSP, en plus de ses 1 900 agents actuels. Comment se prépare ce transfert et quelles seront les missions de ces agents ?

Colombe Brossel : Nous avons construit ce transfert de personnels dans le dialogue avec les organisations syndicales mais aussi directement avec l’ensemble des agents. Le directeur de la DPSP, Matthieu Clouzeau, a rencontré tous les agents qui vont arriver à la ville de Paris pour leur expliquer comment ce transfert allait se dérouler, comment nous allions les accueillir et quelles seraient leurs missions. Ce n’est pas anecdotique dans une vie d’agent de collectivité publique que de changer d’employeur. Nous sommes donc très attentifs à bien accueillir « des personnes », et pas que « du personnel », afin qu’il ne s’agisse pas d’un simple transfert de compétences sur le papier. Nous serons par ailleurs très vigilants à ce que toutes les situations personnelles qui pourraient être compliquées soient traitées et que les agents soient accompagnés. Notre intérêt est que ces personnels soient satisfaits de leur arrivée à la ville de Paris.

Ces agents vont exercer deux types de responsabilités relatives à deux types de compétences : un certain nombre de personnels issus de la Préfecture de police, qui ont des compétences spécifiques, vont continuer à travailler sur la gestion et la verbalisation du stationnement gênant. Les autres agents, qui aujourd’hui sont affectés au contrôle du stationnement payant [mission qui doit être transférée à un prestataire privé en 2018 (lire sur AEF)], seront affectés à la lutte contre les incivilités, mais en utilisant leur compétence première sur tout ce qui concerne la régulation de la circulation : lutte contre la pollution et respect des vignettes Crit’Air, respect des couloirs de bus et des files de circulation. Dans ce cadre, la ville et la Préfecture de police travaillent à un protocole qui nous permettra de préciser la répartition des missions et de les mettre par écrit.

AEF : Un an après la création de la DPSP, quel est le bilan de cette réforme ?

Colombe Brossel : Le bilan que l’on en tire aujourd’hui est forcément incomplet et très quantitatif, car cela fait peu de temps que nous sommes opérationnels : nous inaugurons notre dernière circonscription ces jours-ci. Nous avons un bilan important en termes de verbalisation des incivilités avec une augmentation de 140 % des procès-verbaux qui ont été dressés : +1 026 % sur les jets de mégots – il faut savoir que tous les ans, les agents de propreté de la ville ramassent près de 350 tonnes de mégots dans la capitale —, +127 % sur les épanchements d’urines, et +245 % pour les dépôts d’ordures sur la voie publique, avec la possibilité de mener des enquêtes sur les dépôts très organisés d’entreprises indélicates qui utilisent un certain nombre d’espaces, principalement aux portes de Paris, pour venir faire du dépôt de gravats de chantiers.

Pourquoi mettons-nous plus d’agents en uniforme dans l’espace public ? Paris est la plus dense des capitales européennes et on constate une modification de l’usage par les Parisiens – et par les touristes — de l’espace public. Il y a dix ou quinze ans, peu de gens se rendaient sur les quais de Seine pour pique-niquer ou boire un verre en sortant du bureau, jouer à la pétanque ou au Mölkky.

La question de l’espace public doit donc être prise en compte, y compris du point de vue de notre responsabilité municipale, avec une présence d’adultes dans l’espace public sur la prévention et la médiation. Nous finançons des clubs de prévention spécialisés – et donc des éducateurs de rue — à hauteur de 18 millions d’euros par an. Nous développons aussi le dispositif de médiation dans l’espace public avec nos correspondants de nuit et nous accompagnons des projets portés par des associations.

AEF : La mairie de Paris a lancé une mission de réflexion sur l’armement de ses agents chargés de missions de sécurité en mai 2017 (lire sur AEF). Où en est cette étude ?

Colombe Brossel : C’est notre responsabilité d’employeur que de permettre à nos agents d’exercer leur métier en étant eux-mêmes protégés. De quoi a-t-on besoin pour faire son travail en sécurité ? Après les attentats de 2015, nous avons paré aux urgences, notamment sur la question des gilets pare-balles. Mais pour savoir de quoi on a besoin, il fallait d’abord travailler sur le sens de nos missions.

Cette mission d’étude consiste en une approche de la problématique des équipements de protection et d’armement pour l’ensemble des personnels. Le chargé d’étude a échangé avec les organisations syndicales, avec les agents eux-mêmes, l’ensemble des groupes politiques et avec les différentes directions de la ville de Paris. Il a mené plusieurs missions d’études dans de grandes villes de région sur les équipements de protection et sur l’armement. Je l’ai rencontré en septembre 2017 et nous bénéficierons d’un retour sur ses travaux d’ici la fin de l’année.

Des organisations syndicales revendiquent l’armement létal pour les ISVP. Mais la question des équipements de protection concerne l’ensemble des agents de la DPSP. C’est moins le cas de l’armement. Nous avons des agents de médiation, d’accueil et de surveillance, et des ISVP. C’est cet ensemble qui constitue la DPSP et pour lequel on doit se poser la question de la protection. À l’issue de la mission de réflexion sur l’armement, nous entrerons dans un processus de concertation avec nos agents et de négociations avec les organisations syndicales. Mais nous faisons les choses dans l’ordre.

AEF : La ville de Paris a considérablement réduit sa participation au budget du GPIS, celle-ci passant de 4,8 millions en 2016 à 800 000 euros en 2017 (lire sur AEF). Cette participation peut-elle encore baisser dans les années à venir ?

Colombe Brossel : Le GPIS est un dispositif qui était très innovant quand il a été créé, qui est très utile et qui n’aurait pas existé sans une contribution financière de la ville. Aujourd’hui, plus de dix ans après la création du groupement, nous sommes arrivés à un degré de maturité du dispositif qui implique que l’on a pu baisser notre part de financement sans qu’il y ait le moindre désengagement de la part du GPIS, ni en termes d’agents, ni en termes de périmètre d’intervention. C’est à cela que peut servir la puissance publique : permettre à des projets qui n’auraient pas existé de se lancer et de pouvoir grandir, avec par la suite un désengagement possible de l’argent de la collectivité. Les bailleurs ont pris le relais. C’est leur responsabilité en tant que bailleurs. Aucun bailleur ne considère aujourd’hui que la question de tranquillité dans les halls, les parties communes, les caves et les parkings ne le concerne pas.

J’ai reçu, volontairement en présence du président du GPIS, les représentants de l’organisation syndicale majoritaire au sein du groupement [l’Unsa] qui demandaient à me rencontrer (lire sur AEF). Je les ai reçus avec plaisir en leur disant bien que je ne suis plus qu’un modeste contributeur financier. Nous sommes toutefois liés par une convention et j’ai donc évidemment des choses à dire sur la façon de travailler du GPIS. Ce dernier est un service très apprécié par les locataires, un service qui est utile. Il doit néanmoins être en lien avec les acteurs des territoires, les maires d’arrondissement, et je pense d’autre part que le GPIS doit retravailler sur la visibilité de ses actions. Par ailleurs, je leur ai dit que si la ville doit encore réduire sa part de financement, elle le ferait en toute transparence pour que les uns et les autres puissent se repositionner.

AEF : Le président de la République et le ministre de l’Intérieur portent le projet d’une police de sécurité du quotidien, qui doit être expérimenté dans différents territoires début 2018. Comment cette politique peut-elle s’appliquer à Paris ?

Colombe Brossel : Je ne suis pas porte-parole de Gérard Collomb. Ce que je peux vous dire, c’est que le préfet de police a réuni les 20 maires d’arrondissement et moi-même – Anne Hidalgo se trouvait alors à l’étranger – pour nous présenter la police de sécurité du quotidien et la façon dont il souhaitait travailler sur Paris. Il y avait une même tonalité dans mes interrogations et celles des maires d’arrondissement qui se sont exprimés.

Nous avons le sentiment que la question de l’ancrage territorial des policiers est une question absolument fondamentale, que la capacité à avoir des policiers présents régulièrement dans un territoire qu’ils connaissent est un des sujets sur lequel nous pouvons vraiment nous rassembler. Mais nous estimons néanmoins que cela doit passer par des effectifs supplémentaires. En tout cas, nous nous interrogeons sur l’efficacité de cette PSQ s’il n’y a pas de déploiement d’effectifs supplémentaires. C’est la question principale que nous avons posée au préfet de police.

AEF : Paris a une grande échéance en ligne de mire avec les JO 2024. Quels en sont les enjeux du point de vue de la sécurité ?

Colombe Brossel : C’est un enjeu évident et un sujet majeur dans le contexte actuel. Mais nous sommes en 2017 et nous avons tout le temps pour construire cela, sous la responsabilité de la Préfecture de police, qui sera le pilote opérationnel. Nous avons néanmoins écrit et formalisé un certain nombre de choses dans le dossier de candidature, que ce soit sur la mutualisation des informations avec la création d’un centre opérationnel unique, ou le recrutement de 20 000 agents de sécurité privée (lire sur AEF). Nous avons commencé à travailler sur cette question car cela engage une dimension budgétaire qui n’est pas anecdotique dans l’organisation des Jeux olympiques.

Nous avons eu à gérer des événements, certes de moindre ampleur, comme l’Euro 2016 à Paris, quelques mois après les attentats de novembre 2015. À l’époque, on ne pouvait pas allumer une télévision ou une radio sans entendre un certain nombre de responsables politiques – dont des élus parisiens – nous expliquer qu’il ne fallait surtout pas organiser de fan zones et que la principale priorité était de les fermer. Nous avons finalement pu accueillir 4 millions de personnes dans ces fan zones, sans qu’aucun événement négatif en matière de sécurité n’intervienne. Le dispositif était bien coordonné et opérationnel : il a permis à l’Euro de se tenir dans de bonnes conditions et aux Parisiens et touristes de faire la fête dans les fan zones. Nous sommes ainsi arrivés à mener un bel événement sportif et un bel événement populaire. On va retravailler sur cette question mais nous avons déjà mis en oeuvre des dispositifs extraordinaires.

 

reproduit avec l’aimable autorisation d’AEF

 

Dépêche N°573360
Par Marc-Antoine Bindler

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