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« Quand la réussite éducative se joue aussi hors de l’école » – Guillaume Balas

5 juillet 2012

Je vous invite à lire cette tribune publiée dans Le Monde par Guillaume Balas, Président du groupe socialiste au Conseil régional d’Ile-de-France. La lutte contre le décrochage scolaire est un enjeu majeur et une priorité du quinquennat de François Hollande. La mobilisation de l’ensemble des acteurs concernés est nécessaire, et les collectivités locales ont un rôle central à jouer dans la politique ambitieuse que nous appelons de nos voeux.

Quand la réussite éducative se joue aussi hors de l’école

Les législatives des 10 et 17 juin ont donné une solide majorité au gouvernement de Jean-Marc Ayrault. La gauche peut désormais lancer les grands chantiers annoncés par François Hollande durant la campagne présidentielle.

Parmi ces projets majeurs figure l’engagement en faveur de la jeunesse et de l’éducation, priorités du quinquennat qui s’ouvre. En souhaitant diviser par deux le nombre de jeunes en situation de décrochage d’ici la fin de son mandat, et en nommant une ministre déléguée à la Réussite éducative, le Président de la République a pointé à la fois l’ampleur de la tâche à accomplir et l’importance de l’enjeu pour notre société.

Les chiffres de la déscolarisation, rendus publics par l’OCDE à la rentrée 2011, sont accablants et démontrent une nouvelle fois la fragilité de notre système scolaire. Alors que le taux de scolarisation de l’ensemble des pays de l’organisation a augmenté de près de 10% entre 1995 et 2009, celui de la France a diminué de 5 points. Concrètement, cela signifie que plus de 150 000 jeunes quittent chaque année le système scolaire sans diplôme ni qualification.

Si une réelle prise de conscience politique émerge à l’échelle nationale dans le domaine de la réussite éducative, interrogeons-nous sur le rôle que peuvent jouer les collectivités locales, et notamment les régions. Le décrochage scolaire est un phénomène social, produit de multiples facteurs, ne prenant pas tous racine dans le strict cadre de l’école républicaine. L’environnement social et familial, (par exemple,) détermine en partie le parcours scolaire d’un jeune.

Compte tenu de la nature même du phénomène, une réforme nationale cantonnée à la seule Education nationale ne saurait suffire à endiguer le décrochage scolaire. Ce que les pouvoirs publics doivent construire, c’est le lien entre toutes les « dimensions » d’un enfant : école, lieu de vie, famille, activités extra-scolaires. L’école ne peut, ne doit, à elle seule en assumer la charge. Bâtissons les passerelles entre ceux qui agissent dans les établissements et ceux qui œuvrent à l’extérieur.

Les régions sont, à travers leur action en matière de politiques éducatives, de formation professionnelle et d’apprentissage, les interlocutrices privilégiées de toutes les structures et de tous les acteurs (collectivités, institutions, associations) de la lutte contre le décrochage scolaire des jeunes Franciliens. Ces champs d’intervention, auxquels s’ajoute la proximité avec les réalités des territoires, font des régions un échelon territorial pertinent pour animer et coordonner le réseau des acteurs locaux de lutte contre le décrochage scolaire. Par leur position intermédiaire, les régions sont en capacité de concevoir une politique publique adaptée aux spécificités de ses différents territoires et pensée globalement, dans le cadre d’une stratégie régionale respectueuse de l’intérêt général de ses citoyens.

Trois chantiers me paraissent prioritaires : les actions préventives de soutien aux jeunes dans leur parcours, l’accompagnement des parents qui font face au décrochage scolaire de leur enfant, et les politiques de « raccrochage », de rescolarisation, de retour en formation, des jeunes sortis prématurément du système éducatif.

Pour les régions, coordonner ces actions c’est mener une politique cohérente entre les établissements et leur environnement, renforcer la coopération entre l’État et les collectivités territoriales. Il ne s’agit pas de défendre des prérogatives ou d’obtenir de nouvelles compétences pour les régions. Seule compte la mutualisation de toutes les énergies au service d’une politique efficace de lutte contre le décrochage scolaire, qui permettra au gouvernement d’atteindre les objectifs ambitieux fixés par François Hollande. Au-delà de l’enjeu sociétal fort, la lutte contre le décrochage scolaire est l’opportunité de définir un nouveau modèle d’action publique territoriale combinant démarche centralisée et interventions des collectivités, pour que la réussite d’un jeune redevienne un projet collectif.

Guillaume Balas, président du groupe socialiste au Conseil régional d’Île-de-France, et auteur de Décrochage scolaire : vers une nouvelle politique publique régionale, édité par la Fondation Jean Jaurès.

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3 commentaires leave one →
  1. lamadieu permalink
    6 juillet 2012 10:15

    Bonjour,

    Je suis Auxiliaire de Vie Scolaire en contrat unique d’insertion (CUI), mon contrat arrivera à terme en septembre 2013.

    J’aime ce métier et j’ai trouvé ce poste par choix et non dans la contrainte de me réinsérer professionnellement..
    Quelle joie quand j’ai pris connaissance de l’annonce concernant « le recrutement de 1.500 auxiliaires de vie scolaire individuels » (AVSI) dès la rentrée 2012 pour prendre en charge les élèves handicapés. C’était une demande des syndicats d’enseignants et des parents d’élèves…
    Oui mais voilà, j’apprend aujourd’hui que les recrutement des AVSI ne se fera que sous la forme de contrats CUI… Est-ce là l’avenir que l’on nous propose pour sortir de la précarité?

    CUI POUR QUOI FAIRE SI PAS DE CONTINUITE DANS CE METIER A LA FIN DU CONTRAT… QUEL SERA NOTRE AVENIR? ET SURTOUT EST-CE LA SOLUTION POUR ACCOMPAGNER LES ENFANTS PORTEURS D’UN HANDICAP, AVEC DU PERSONNEL NON FORME ?

    • 10 juillet 2012 2:38

      Madame,

      Merci pour votre commentaire, je me réjouis que des professionnels dévoués prennent part au débat sur la refondation de l’école.

      Parmi les mesures d’urgence prises ces dernières semaines pour préparer la rentrée 2012, le Premier Ministre Jean Marc Ayrault a annoncé le recrutement de 2000 assistants d’éducation et 1500 auxiliaires de vie scolaire individuels, soulignant l’importance de l’accompagnement des élèves en situation de handicap.

      Pour lutter contre la précarité qui n’a cessé de s’accroître ces 5 dernières années, le Ministre Vincent Peillon a précisé ce matin que les AVS-I ont vocation à être titularisés, une bonne nouvelle donc !

      • lamadieu permalink
        14 juillet 2012 2:50

        Madame,

        Je vous remercie pour votre réponse.
        Oui, je suis intéressée de prendre part au débat sur la refondation de l’école, comme je le pense, un grand nombre de mes collègues concernées elles aussi par ce changement enfin
        annonciateur d’une reconnaissance de notre travail. Ce combat mené par les Associations au Service des Elèves présentant une situation de Handicap, par les parents et nous même personnel accompagnant, ne date pas d’hier…
        Nous attendons une reconnaissance de notre travail, une formation et un soutien de la part du gouvernement… ce qui n’est pas le cas actuellement…
        Pour grand nombre d’entre nous, le métier d’EVS/AVS/ASCLOL… est une vocation! Vous trouverez grand nombre de témoignages dans ce sens sur le net…
        Alors que les chiffres du chômage, fin mai, indiquent la plus forte hausse depuis trente et un mois, l’éducation nationale s’apprête à effectuer un véritable plan de licenciement, en renvoyant à Pôle emploi les milliers d’AVS-EVS dont les contrats arrivent à terme, le 30 juin ou le 31 août 2012.
        En effet, depuis 2006, le ministère de l’Éducation nationale a eu recours aux contrats aidés pour remplir des missions devenues essentielles au bon fonctionnement des écoles, tant pour l’aide administrative au fonctionnement des écoles que pour l’accompagnement des élèves en situation de handicap, rendu obligatoire lorsque il y a préconisation de la maison départementale des personnes handicapées.

        Ces contrats de droit privé, d’une durée maximale de trois ans (contrats d’avenir) ou de deux ans (CAE-CUI), voire de cinq ans pour les personnes reconnues travailleurs handicapés ou âgées de plus de cinquante ans et bénéficiaires des minima sociaux, devaient être assortis d’actions de formation et d’accompagnement de la part de l’employeur pour permettre une réelle (ré)-insertion vers l’emploi.

        Or, l’éducation nationale n’a jamais répondu à ses obligations, proposant tout au plus quelques heures (trois à douze) dites « d’adaptation au poste », généralement à la fin du contrat, action qui s’apparente plus à de l’information qu’à une réelle formation ! Chaque année, depuis 2009, ils sont des milliers à sortir de ces dispositifs sans aucune perspective d’emploi et sans pouvoir faire valider une quelconque expérience (VAE), comme le constate le rapport de la Cour des comptes de 2011.

        L’éducation nationale recrute de nouvelles personnes sous contrats aidés chaque année, se privant de l’expérience de celles et de ceux qui ont été « remerciés ». Elle désorganise ainsi les équipes et fragilise les dispositifs patiemment construits avec les élèves.

        Malgré les protestations souvent massives des personnels concernés et des enseignants, avec leurs organisations syndicales, des parents d’élèves, le gouvernement est toujours resté sourd aux demandes de maintien dans l’emploi et de création d’emplois publics statutaires répondant aux nouvelles missions exercées par les EVS-AVS.

        Alors effectivement, la précision faite par le Ministre Vincent Peillon concernant la future titularisation des AVS-I est une bonne nouvelle!
        Mais permettez moi de rester septique… Combien de temps cette mesure va t-elle prendre pour être mise en place ?
        Quand est-il pour les EVS en Contrat Unique d’Insertion et aussi et les milliers d’AVS-EVS dont les contrats sont déjà arrivés à terme, ou arriveront à terme très prochainement, renvoyés à Pôle emploi sans aucune perspective d’avenir ???

        Merci de me lire et de porter plus haut nos inquiétudes.
        Céline Lamadieu
        Haute-Savoie

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