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Une rentrée scolaire sous tension

30 août 2011

Article paru dans « Le Journal du Dimanche » du 28 août 2011 – suivi d’un entretien avec Colombe Brossel

Éducation. À Paris, 77 postes d’enseignant sont supprimés alors que près de 600 élèves supplémentaires sont attendus en maternelle et en élémentaire

Une rentrée scolaire « exécrable » dans la capitale ? C’est ce que pronostiquent la Mairie de Paris, les syndicats d’enseignants et des organisations de parents d’élèves. Lundi 5 septembre, 137.850 élèves parisiens sont attendus dans les cours de récréation. Les 316 maternelles et les 347 écoles élémentaires du public, ainsi que 110 écoles privées, sont sur le pied de guerre. Appliquant la politique de non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, le rectorat de Paris supprime cette année 77 postes d’enseignant : 33 remplaçants titulaires, 27 « Rased* » et 17 assistants en langues vivantes. Pourtant, la population scolaire parisienne ne cesse d’augmenter : 568 élèves de plus qu’en septembre 2010. Et trois nouvelles écoles ouvrent leurs portes : cinq classes rue des Grands-Moulins ( 13e), deux boulevard Macdonald ( 19e) et sept rue de Clichy ( 9e). « Plus on a d’élèves, moins on a d’enseignants », souligne Colombe Brossel.

Les maires d’arrondissement de gauche ont envoyé un courrier de protestation commun au recteur, Patrick Gérard. Même le députémaire UMP du 15e, Philippe Goujon, admet que « la situation risque d’être difficile dans certaines écoles de [ son] arrondissement » , le plus peuplé de Paris. « Nous avons absolument besoin d’une nouvelle école d’une douzaine de classes dans le sud du 15e pour alléger les effectifs des autres établissements » , dit-il. Des tensions sont également à prévoir dans le 19e ou le 14e.

« On peut parler de stabilité », répond le rectorat. De son côté, le rectorat se veut rassurant. « Il n’y a pas lieu de s’inquiéter, assure Claude Michellet, directeur de l’académie de Paris. Globalement, la rentrée 2011 va se dérouler dans des conditions comparables à l’an passé, c’està-dire de bonnes conditions d’accueil. » Les chiffres brandis par les anxieux sont exacts, mais « il faut relativiser » , tempère-t-il : « Les 77 postes supprimés ne représentent que 0,7 % des 7.580 emplois d’enseignant à Paris. Les 568 élèves supplémentaires attendus sont à mettre en rapport avec les 660 écoles parisiennes ; cela représente moins d’un élève par école. »

Surtout, insiste Claude Michellet, alors que 1.500 fermetures de classe sont annoncées en France ( pour 4.900 élèves de plus), « il y aura autant de classes, voire un peu plus, que l’an dernier à Paris : 5.847. Avec 51 ouvertures, 52 fermetures et 3 postes en réserve pour les éventuels ajustements, on peut parler de stabilité. » Quant au nombre d’enfants par classe, le directeur d’académie évoque une évolution stable, voire à la baisse depuis dix ans dans la ville : « En maternelle, on est passé de 26,36 élèves par classe en moyenne en 1999-2000 à 25,70 en 2010-2011. En élémentaire, on est passé de 24,41 à 24,82. L’augmentation sera très légère en 2011-2012. »

Pas de quoi convaincre les syndicats d’enseignants. « Ce sont des arguments fallacieux et technocratiques, qui éludent la réalité du terrain, accuse Jérôme Lambert, responsable départemental de la Snuipp ( syndicat majoritaire chez les instituteurs et les professeurs des écoles). Les poussées d’effectifs sont localisées et non réparties harmonieusement sur Paris. »

Même son de cloche chez les parents d’élèves. La FCPE décerne un zéro pointé à l’administration: « Gérer quelque chose d’aussi sensible qu’une carte scolaire avec des moyennes et des statistiques est une aberration. C’est faire fi des poches de pauvreté dans certains quartiers. Le secteur public dysfonctionne tellement que beaucoup de parents se tournent vers le privé » , s’indigne Dominique Dupuis, présidente de la FCPE Paris. Un mouvement de grogne national est prévu fin septembre. * Réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté.

Lundi 5 septembre, 137.850 élèves parisiens sont attendus dans les cours de récréation.

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Questions à Colombe Brossel, adjointe au maire de Paris chargée de la vie scolaire et de la réussite éducative.

Comment s’annonce la rentrée scolaire à Paris?

Je suis très inquiète. La rentrée 2011 s’annonce très difficile, pour ne pas dire exécrable. J’en appelle au ministre de l’Éducation les conditions d’enseignement vont encore considérablement se dégrader, la situation est grave.

Le rectorat argue que le nombre ‘de classes reste inchangé à Paris et que les quelque 600 élèves supplémentaires seront facilement « absorbés » …

C’est une logique absurde, car uniquement comptable. La poussée démographique n’est évidemment pas uniforme. Les maires d’arrondissement, surtout en périphérie (l1e, 12e, 13e, 14e, 15e, 1ge), nous signalent une augmentation importante des inscriptions, en particulier en maternelle. Ils sont obligés d’admettre des enfants dans des écoles hors secteur, loin de chez eux, car les classes sont surpeuplées. De plus en plus de parents sont contraints de se tourner vers l’école privée.

On assiste à une généralisation rampante des classes de maternelle ou de CP à 30 élèves. Nicolas Sarkozy dit qu’il veut « sanctuariser » l’école primaire à la rentrée 2012 ; pourquoi ne le fait-il pas dès maintenant ?

 

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